jeudi 17 février 2011

Les bienfaits d'une activité physique

Les personnes atteintes de sclérose en plaques (SEP) tendent à réduire leur activité physique soit du fait des déficiences en rapport avec la maladie, soit même parfois sur les conseils de leurs soignants de façon à économiser leurs capacités fonctionnelles : la littérature évalue au minimum à -13% la différentielle d’activité sportive en cas de sclérose en plaques par rapport à la population générale.

Cette limitation d’activité physique ne prévient pas l’aggravation des symptômes de la sclérose en plaques ni les conséquences cardio-vasculaires d’une réduction de l’activité physique. Il peut même exister une amélioration de la teneur corporelle en graisses en cas de réentraînement à l’effort (RE) dans un contexte de SEP.    

La littérature montre en fait trois causes de diminution des activités physiques dans la sclérose en plaques : la maladie elle-même, l’absence d’envie à pratiquer, la disponibilité liée à des raisons professionnelles ou familiales.
Les conséquences de la maladie qui limitent l’accès aux activités physiques sont les troubles de l’équilibre, le manque de force musculaire, la fatigue, les douleurs et engourdissements des membres inférieurs, les troubles visuels aussi et globalement la baisse de rapidité.
Une désadaptation à l’effort est couramment décrite dans la sclérose en plaques, par réduction de l’activité physique parfois préventive de la fatigue, et avec des conséquences aux différents niveaux : capacité d’adaptation cardio-respiratoire à l’effort, modification du type de fibres musculaires et réduction des capacités de métabolisme aérobie, majoration de la sensation de fatigue conduisant à un cercle vicieux.
Les équipes de rééducation fonctionnelle sont donc très attentives à cet élément de désadaptation à l’effort en incluant un programme d’entretien physique, en particulier par une pratique sportive régulière, voire des protocoles de réentraînement à l’effort pour favoriser une adaptation aux différentes activités physiques du quotidien. 
Certaines études décrivent une variabilité de l’efficacité du réentraînement à l’effort (RE) dans la SEP selon l’importance du handicap, avec de moins bons résultats pour des handicaps élevés. Mais la plupart des études n’ont inclus que des patients à handicaps minimes à modérés. Ce lien efficacité du RE et handicap est de toute façon inconstant et d’autres auteurs, par contre, ont montré le bénéfice de ce type de prise en charge pour des patients très handicapés. Il s’agit sans doute d’une adéquation à assurer entre le programme physique proposé et le niveau de handicap en notant l’intérêt d’une information précoce en début de maladie pour éviter le déconditionnement rapide.
La littérature médicale ne met pas en évidence de contre-indication au RE qui serait liée à un impact durable sur les capacités fonctionnelles des patients même si les symptômes de la SEP peuvent être majorés transitoirement (comme la spasticité, la température corporelle - syndrome d'Uhthoff avec modification inadaptée de la conduction nerveuse en cas d'élévation de la température - et/ou la fatigue et leurs conséquences dans le quotidien).
Certaines études ont d’ailleurs restreint l’inclusion à leur programme évalué selon le niveau de spasticité mais ceci peut être discutable car la majoration d’une augmentation spastique du tonus musculaire est multifactorielle, la spasticité n’est pas obligatoirement invalidante et peut transitoirement être tolérée par une personne qui apprend à en gérer les fluctuations.
De même, un syndrome d'Uhthoff visuel ne constitue pas en soi une contre-indication formelle à la pratique du sport, sous réserve que les symptômes restent supportables pour les patients, ne constituent pas de danger pendant la pratique sportive et soient rapidement régressifs.


Les protocoles de RE sont variables, de même leur évaluation. Les capacités de force musculaire et de marche sont les données fonctionnelles les plus évaluées dans la littérature et sont concordantes : amélioration des performances sans aggravation des lésions ni des symptômes de la SEP à moyen terme. Il peut même exister des améliorations annexes après un RE, comme par exemple sur les fonctions intestinales et vésicales.

En ce qui concerne les exercices à réaliser, il n’existe pas de franche spécificité dans le RE. Les effets positifs ne sont pas seulement en rapport avec des programmes structurés mais aussi avec d’autres formes d’activités physiques comme le jardinage ou les activités ménagères.
L’activité physique a intérêt à être en phase avec les goûts des patients et adaptée aux capacités fonctionnelles des patients et la littérature décrit une large variétés d’activités depuis le stretching, le Tai Chi, la natation, jusqu’au jogging et au tennis.
La fatigue est fréquente dans la sclérose en plaques. Son évaluation peut être particulièrement difficile du fait de son caractère polyfactoriel mais certaines études montrent bien une amélioration du niveau de fatigue après RE. La perception d’effort semble varier en fonction des modalités de réalisation du RE. On a intérêt à dissocier les caractéristiques de la fatigue et ses circonstances de survenue pour agir plus spécifiquement chez chaque personne.

La plupart des études qui se sont intéressées à la qualité de vie des patients SEP au cours d’un réentraînement à l’effort (RE) ou en cas d’activité physique et sportive régulière montrent une amélioration de la vitalité, de l’énergie ainsi que du bien-être émotionnel. Des études montrent également le bénéfice du RE notamment sur la dépression et la colère, et globalement sur les dimensions physiques et psychosociales des échelles d’analyse de la qualité de vie.

Si le RE entre dans le cadre d’un programme de rééducation fonctionnelle, l’idéal est sans doute de prévoir cette fin de programme avec un « relai » sur une activité physique, cadrée ou non, mais conservant idéalement une valence socialisante (en famille, entre amis, en association sportive…) et sans doute dès le début de la maladie.

Dr Marc LEFORT - Service de MPR Neurologique - CHU - Hôpital Saint Jacques - Nantes

2 commentaires:

  1. J'ai lu cet article avec beaucoup d'intérêt, merci. Concernant les formes sévères (progressives ou secondairement progressives), où l'handicap empêche déjà la personne d'être autonome dans sa vie quotidienne, et où tout déplacement ou transfert est un effort surhumain, la réadaptation fonctionnelle (souvent passive) est le seul RE possible. Encore faudrait-il que les réseaux de soin et de réadaptation spécifiques à la SEP se multiplient, notamment en dehors des CHR (kiné spécialisée, bassins en eau moins chaude, infos auprès des médecins etc...)

    RépondreSupprimer